E-New Tech, E-Board Store : procédure collective au tribunal

Alex
Rédigé le 4 novembre 2019
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La mobilisation exceptionnelle d’internautes mécontents a permis de mettre au jour un important réseau de sites marchands spécialisés dans la mobilité électrique aux pratiques commerciales douteuses. Fédérées au travers d’un groupe Facebook, les victimes ont réussi à lancer une procédure en justice collective. La première audience est prévue le 6 novembre prochain au tribunal de grande instance de Paris.

L’essor de la mobilité électrique entraîne dans son sillage bon nombre d’acteurs peu scrupuleux, qui surfent sur la popularité des trottinettes électriques pour développer des sites marchands aux pratiques douteuses. Livraisons tardives, contrefaçons mal déguisées, service après vente aux abonnés absents : en avril 2018, nous alertions déjà les lecteurs de Gyronews sur l’émergence de ces enseignes sorties de nulle part. À l’époque, nous les considérions comme des initiatives isolées, mais ces pratiques trompeuses ont en réalité été menées à bien plus grande échelle. C’est en tout cas ce qu’affirme l’enquête menée par une poignée d’internautes réunis au travers d’un groupe Facebook au nom évocateur, « plaintes e-board-store = e-new-tech ».

Des mécontents par dizaines

Au départ, le groupe ne compte que quelques membres qui partagent une déception commune : ils ont été victimes d’une expérience frustrante sur le site e-board-store, spécialisé dans la vente d’hoverboards. Les témoignages rapportent des livraisons qui n’arrivent jamais ou sont retardées de plusieurs semaines, mais aussi de mauvaises surprises en sortie de carton avec des engins non conformes, cassés ou réparés de façon approximative. Souvent, l’hoverboard a été acheté en guise de cadeau d’anniversaire, et c’est la déception des enfants qui déclenche la grogne. Les échanges avec le service client sont difficiles, et les demandes de remboursement semblent n’aboutir qu’après de très nombreuses sollicitations, menaces de dépôt de plainte ou publication de messages virulents sur les sites dédiés aux avis comme Trustpilot… quand elles aboutissent !

avis trustpilot eboardstore

Avis laissé sur Trustpilot au sujet du site EboardStore

En février 2019, l’UFC Que Choisir émet une alerte relative à E-board Store et déconseille aux internautes de céder aux sirènes de ces prix attractifs. Au fil des mois, le groupe s’étoffe de nouveaux membres et les échanges mettent en lumière un phénomène inquiétant : les administrateurs d’e-board-store semblent également aux commandes d’autres sites marchands qui eux aussi accumulent les avis négatifs.

En juin, l’UFC met à jour son alerte pour souligner la possible proximité entre plusieurs de ces enseignes suite à des signalements de lecteurs. « Le site E-Board-Store a, depuis, baissé le rideau, supprimant les risques d’escroquerie mais rendant encore plus difficile un éventuel remboursement. En outre, des lecteurs nous ont signalé d’autres sites qui n’honoreraient pas les commandes : www.e-new-tech.fr et French-Tech-Mobility.com. Ils pourraient avoir des liens avec E-Board-Store. Méfiance. ».

Un site en remplace un autre

L’enquête menée par les membres du groupe de victimes montre qu’il est possible d’établir un lien entre près d’une dizaine de sites marchands, tous spécialisés dans la mobilité électrique et pratiquant des tarifs attractifs. Via les registres du greffe, les informations de whois, les intitulés de facturation ou de remboursement et des croisements opérés entre les numéros de téléphone ou les adresses utilisées pour les retours, ils réussissent à établir des liens entre les sites E-New Tech, E-Board Store, French-Tech-mobility, Gyrowheel, Wheel and co ou Hoverslide.

Le montage, détaillé dans un document de travail que nous avons pu consulter, se révèle complexe et de grande ampleur, avec des sociétés domiciliées en France ou en Grande Bretagne, des adresses postales multiples et plusieurs prête-noms.

Selon les termes de cette enquête et les informations qui restent publiquement accessibles via des sites de type infogreffe, plusieurs de ces sites renvoient vers des sociétés administrées par un Victor Elie Gros et sa supposée compagne Sara. Cette dernière est d’ailleurs nommément citée dans une alerte émise par le Réseau Anti-Arnaques en mai 2019.

« E-BOARD-STORE.COM est une société par actions simplifiée au capital de
1 000 €. Les mentions légales indiquent une adresse à Bornem en Belgique et un
siège social à Londres. La dirigeante est une certaine Sara GROS, âgée de 22
ans. Mais les époux GROS gèrent d’autres entités : LA COMPAGNIE QUI
ROULE, FRANCE MOBILE DIFFUSION, SPORTS LOISIRS FACTORY, THE
COMPANY, E-COM INTERNATIONAL… », écrit l’association de consommateurs.

Une recherche Google sur Victor Elie Gros révèle des discussions relatives à ses différents sites sur les forums de l’UFC Que Choisir et de 60 millions de consommateurs, où les internautes n’hésitent pas à parler d’arnaque. Elle souligne aussi l’apparition récente d’articles qui évoquent Victor Elie Gros sous les traits d’un musicien, d’un écrivain ou d’un spécialiste de la lutte contre les arnaques et diluent l’importance des pages connotées négativement dans l’affichage des résultats du moteur de recherche.

SERP Victor Elie Gros 4 novembre 2019

Extrait de la première page des résultats de recherche Google sur la requête « Victor Elie Gros ». La récurrence du mot arnaque rappelle les modalités d’intervention des agences spécialisées dans l’e-réputation

Que lui reprochent les différents témoignages ? D’après les plaignants, la mécanique serait la suivante : un site marchand ouvre, affiche des tarifs attractifs, engrange un maximum de commandes puis laisse sa place à une nouvelle adresse dès que son nom est associé à un volume important d’avis négatifs. « ‘Un des dossiers chauds de l’été. Une entité qui cesse son activité, une autre qui prend le relais…A la clef de nombreuses plaintes et beaucoup de frustration », résume l’un des représentants du Réseau Anti-Arnaques sur Facebook dans les commentaires qui suivent un appel à témoignage lancé en début d’année.

Procédure collective

Comment obtenir réparation du préjudice lié à cette frustration, sans même parler des commandes et des demandes de remboursement qui restent en suspens ? Certaines victimes choisissent de porter l’affaire en justice, d’abord sans forcément trop y croire, mais le nombre des réclamations finit pourtant par déclencher l’ouverture d’une procédure. Mi-août, les plaignants reçoivent un avis d’audience à victime, qui confirme que le procureur s’est saisi du dossier et qu’il leur sera possible de se constituer partie civile.

Sur Facebook, l’annonce déclenche un nouveau vent de mobilisation, qui aboutit à la sélection d’un avocat chargé de représenter collectivement les plaignants. Les responsables du groupe négocient avec lui les termes d’une participation forfaitaire pour qu’un maximum de victimes puissent joindre leur voix au dossier en cours de constitution. D’abord programmée au 2 octobre, l’audience est finalement repoussée au 6 novembre. À la Toussaint, plus de 100 personnes ont déjà rempli les documents utiles pour se joindre à la procédure. Le groupe Facebook compte quant à lui plus de 600 membres et de nouveaux témoignages continuent d’affluer. Les derniers en date alertent sur les sites Style-Road et Urban Hive, suspectés des mêmes pratiques…

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5 Commentaires

  1. J ai fais une commande le 20 juillet 2019, et ils me font poiroté depuis. Ils inventent toutes sortes d éxcuse en repoussant au maximums. J espère qu’ils seront puni par la loi.

    (commentaire édité par la modération)

    Répondre
  2. Trop drôle la capture d’écran du résultat de recherche Google !!
    Non mais c’est bien la preuve que ces nouveaux métiers, « manager d’E-réputation » c’est la version 2019 des vendeurs de médicament miracle. Comment on influence l’E-réputation si on réfléchit bien? Ben oui, en injectant des contres vérités à haute dose pour noyer le poisson.

    « L’arnaque. Titre du prochain manga de Victor Elie Gros ». J’en pleure de rire 🙂 🙂

    Répondre
  3. Wow… C’est incroyable, les E-réputationneurs ont vraiment inventé une vie à ce Victor Elie Gros.
    C’est un artiste mangaka peintre musicien arnaqueur d’arnaqueurs unijambiste ancien flic.

    Pourvu qu’il réfléchisse bien en prison avec sa femme rockeuse aviatrice arnaqueuse d’arnaqueurs mangaka.

    Répondre
  4. j’ai commandé une trottinette électrique le 09 Juin 19 commande DANKOWNWM d’un montant de 278€ .. (réglé bien sûr .!! ) et j’attends toujours mon remboursement car ANNULÉ la commande le 14 Juin 19 . Des centaines. De mails envoyés…… il faut qu’il nous rembourse et Qu’ils paie cher grave !!!!!! Abuser des bonnes gens inadmissible !!!!!!!!

    (commentaire édité par la modération)

    Répondre

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